Coming-out trans en milieu agricole/rural

Relations sociales, acceptation, coming-out...
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cl_bch
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Coming-out trans en milieu agricole/rural

Message par cl_bch » 30 juil. 2026 17:13

Bonjour à tout le monde.
Je fais face à une situation peu commune (ou peut-être que non..) .Je m'explique. Je suis né dans une famille d'agriculteurs, des deux côtés depuis plusieurs générations. Depuis que je suis enfant, je suis un garçon manqué assumé. J'ai toujours eu ce style masculin et cette impression nette que je n'étais pas une fille. Depuis la primaire voir maternelle, j'ai une coupe assez courte. J'ai un souvenir d'une scène dans un supermarché avec ma mère où une amie à elle la croise et dit «il est mignon ton garçon«. Évidemment, ma mère la corrige immédiatement. Face à cette scène, je me suis vraiment énervé et j'ai pleuré devant ma mère parce que j'étais persuadé d'être un petit garçon depuis toujours. En grandissant, le sentiment n'a pas changé et il s'est même renforcé. J'ai eu conscience de ma transidentité au collège en découvrant le compte d'un homme trans qui est Edward-Jeanne Cerdan. J'ai su à ce moment qu'il était possible de le devenir. À partir de ce moment j'avais établi un plan dans ma tête, qu'après le lycée je ferai les démarches nécessaires avec ou sans aide. Au lycée, j'ai parlé de ça avec une amie de confiance qui n'a jamais été surprise. D'ailleurs, d'un point de vue amical les gens utilisaient elle pour parler de moi mais dans leur comportement, je dirai qu'ils me considéraient un peu comme un mec. Dès mon arrivée à la fac, j'ai directement commencé les démarches sans en parler à mes parents. À mes 18 ans, je n'avais toujours pas parlé de ça à mes parents car depuis que je suis petit, on ne parle pas de soi, de nos émotions : tout cela est tabou. Les seuls sujets dans la maison sont l'entretien de la ferme et quelques fois des sujets d'actualité mais nous ne sommes jamais d'accord, ils sont dans leur bulle locale. Arrivé à la fac, j'utilisais mon prénom de naissance même si au fond de moi, j'avais toujours eu un attachement particulier pour un prénom. Ce qui est dingue et peu croyable, est qu'auprès des gens que je rencontrais dans ma promo, tous m'ont considéré comme un mec cis ! Pourtant, mon prénom de naissance et tout sauf mixte, pour eux c'était juste hyper rare de croiser un mec avec ce prénom. J'avais 0 pilosité, rien alors que je pense que pour eux j'étais un mec qui avait un retard de puberté... (maybe hein...) Pour revenir sur les démarches, j'ai fait en sorte de tout réaliser en 1 rdv : psy, endocrinologue etc. C'est allé super vite et je m'en fiche, c'est ce que je voulais. À tel point qu'en 6 mois, j'avais l'ordonnance pour commencer les hormones. Mais voilà, l'euphorie a été de courte durée puisque je ne me voyais pas commencer sans en parler à mes parents, ces derniers m'apportaient une aide financière chaque mois. Ils sont beaucoup dans le matériel. À ce moment, j'étais en couple avec une fille, premier amour. Avec elle à mes côtés, je décide d'envoyer un message à mes parents. Comment vous dire... le message a été très violent. J'en ai oublié une partie mais j'ai eu des : tu vas pas te couper les seins, les enfants ukrainiens sont plus malheureux que toi, toi et ton frère vous n'avez manqué de rien, j'ai dû prendre des médicaments pour vous avoir (je ne le savais pas), que vont penser les gens du village etc. Bref, ça a été dur de lire cela et ça m'a clairement refroidi. Je savais au fond de moi que ça n'allait pas bien se passer. Dans son message, elle m'a dit qu'à mon retour on allait en parler. Je suis revenu et comment dire, au moment de faire mes affaires pour repartir ma mère monte les escaliers en disant «tu ne vas pas faire ça«. Je me suis fermé et j'ai dit «si pourquoi ?« et c'est tout, elle est redescendue. En gros il n'y a eu aucune évolution. Je me suis fermé et elle aussi. C'est mon père qui m'a amené à la gare, il était bien évidemment au courant par ma mère. Au moment de me laisser prendre mon train, il me dit d'un ton ferme reste dans la voiture et j'ai direct compris ce qui allait m'attendre, et en effet rien de bon, d'agréable. Il était assez injonctif, direct. Il m'a dit que c'était égoïste, je me suis fermé et il n'y a pas eu d'avancée, rien. Je suis parti à mon train très touché, en me disant qu'ils n'ont jamais tenté de comprendre, de me poser des questions. Depuis cette journée soit pas loin de 1600 jours, il n'y a plus eu de discussions sur ce sujet. J'ai commencé mes hormones en septembre 2022, soit 6 mois après malgré cette mauvaise expérience. On va dire que j'ai eu un déclic en me disant que je ne voulais pas rester dans ce corps, c'était beaucoup de souffrance depuis mes années de lycée avec des moments rythmés par des idées noires et une sensation d'impasse de par ma famille. J'ai commencé et depuis ce jour, j'ai forcément eu des changements physiques importants en bientôt 4 ans. Au début quand je revenais, je me rasais le duvet puis la barbe mais depuis environ 2 ans j'assume de porter la barbe devant eux. J'ai enchainé un an plus tard avec l'opération du torse, bien sûr toujours en cachette. Je me suis rendu à mon lieu d'opération tout seul et j'ai vécu le post-op en partie seul, dans un Airbnb chez l'habitant avec le passage quotidien de l'infirmière. Côté familial, il y a eu 3 updates depuis : ma mamie qui un jour à eu le courage de m'en parler devant moi il y a 1 an. Je lui ai confirmé que je prenais des hormones mais depuis elle continue le mégenrage/deadname. Une de mes cousines, qui a grandit en région parisienne, de fait plus «ouverte« à qui j'en ai facilement parlé parce que je savais que ça allait bien se passer et qui est donc un atout de confiance pour moi. Il y a 5-6 mois un autre cousin est venu me rendre visite, j'ai pu lui en parler autour d'un verre (merci la bière) en lui déballant tout, il a été compréhensif et jamais négatif en disant que lui et sa soeur n'ont jamais eu le courage de m'en parler. Qu'enfaites dans leur tête quelque part il me voyait comme un gars mais forcément devant la famille ils utilisent elle. Depuis 2 ans, c'était devenu un peu bizarre : il hésitait entre la bise et me serrer la main pour dire bonjour, disait elle et parfois il... Bref ça m'a fait un bien fou à ce moment. J'avais donc réussi à parler de ça avec 3 membres de ma famille. Côté administratif, l'été dernier j'ai constitué mon dossier avec les lettres de nombreux amis. J'ajoute ici que certains amis savent que je suis trans et d'autres noms, je ne sais pas pourquoi je veux être perçu comme cis auprès de certains et trans avec d'autres. Quelque part, mes amis constituent pour moi une famille. C'est un soutien depuis le début. Finalement, c'est dans le cadre amical, étudiant et professionnel que je suis genré correctement et nommé par mon prénom d'usage. Quand je reviens chez mes parents et plus largement ma famille, je suis quelque part dans une double-vie. Pour revenir sur le dossier, je l'ai déposé en août et j'ai eu un courrier pour me dire qu'une audience allait se tenir en février. Tout s'est super bien passé et le changement de sexe et de prénom à l'état civil ont été acceptés. La modification de mon état civil auprès de ma mairie de naissance s'est réalisée vers le mois de mai (je l'ai découvert récemment en voyant que mes APL étaient bloquées). Je pensais qu'après l'audience, c'était au demandeur de réaliser le changement auprès de la mairie de naissance. Je voulais donc le faire en prenant mon temps et le faire au bon moment, après avoir fait mon coming-out complet à mes parents. De fait, je me suis vite retrouvé en panique devant mon nouveau numéro de sécurité sociale, en me disant que je devais effectuer l'ensemble des démarches dès maintenant. Dans la foulée, j'ai demandé une nouvelle carte d'identité qui devrait arriver dans 3 semaines. Aussi, mon objectif était donc de rentrer chez mes parents pour leur annoncer cela (je dépends encore de mes parents financièrement, comme je suis étudiant...). Je me souviens qu'il y a un peu plus d'1 an, ma mère m'a dit de manière random «il faudrait que tu changes ton état civil«, sorti de nul part et j'ai dit oui oui. La discussion s'est arrêtée ici. Actuellement je suis chez eux, je suis peu à l'aise et je ne me sens pas à ma place. Je n'ai pas vraiment de lien émotionnel avec eux comme nous parlons jamais de nous, dès que l'on parle un peu il y a une gêne qui s'installe de mon côté car je ne suis pas habitué à ce qu'ils posent une ou deux questions sur mes études et sur moi. De plus, comme je l'ai dit plus haut, parler de soi, des épreuves traversées, d'une potentielle rencontre amoureuse ou autre : cela n'est jamais arrivé. Mes parents ne savent rien sur moi finalement. Alors voilà, l'objectif de ma venue est de leur dire une bonne fois pour toute mais c'est vraiment dur étant donné le climat dans lequel je vis. Je pourrais ne rien dire et à l'âge de 30 ans, j'en serai au même point avec eux. C'est juste fou. Je n'arrive pas vraiment à leur dire parce que je ne veux pas leur faire du mal, mais je m'oublie complètement. Avant ma venue, j'ai acheté le livre : "Les transidentités expliquées à mes parents (et aux autres)« afin qu'ils le lisent mais dedans l'autrice parle de non-binarité etc. Ce sont des concepts inconnus pour eux, ils sont du genre très fermé face à quelque chose qui sort de leur norme. Quand quelqu'un est différent d'eux, ils peuvent être très crus dans les mots. Désolé pour ce pavé, j'essaye juste de recueillir des conseils pour réaliser mon coming-out auprès de mes parents, motivé par mon récent changement d'état civil. J'ai bien peur qu'il découvre cela sans que je leur en ai parlé au préalable. Je vais avoir 23 ans et depuis mes 18 ans je suis toujours au même stade côté familial, cela me bloque dans ma vie. J'aimerai me sentir davantage épanoui à cette échelle. Merci à vous, j'attends vos réponses avec impatience...
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Re: Coming-out trans en milieu agricole/rural

Message par Wojtek » 30 juil. 2026 19:03

Salut ! Eh bien on peut dire que ta manière de communiquer avec tes parents ressemble très très fort à la mienne ! Chez moi aussi on a jamais su se parler, les sujets personnels c'est un truc impossible à aborder, tabou, super gênant. Et pareil, lorsque tu parles du sentiment de ne pas être à ta place quand tu revois ta famille, j'ai aussi vécu ça systématiquement quand je rentrais chez mes parents. Du coup, j'ai aussi fait ma transition en solo, sans compter sur le soutien familial que je savais inexistant avant même de faire un quelconque coming-out. Et détrompe-toi, le milieu rural n'est pas moins ouvert que celui des citadins, j'ai grandi en banlieue parisienne, c'est un peu le seul point qui diffère entre ton récit et celui que je pourrais faire.
Côté conseils, je ne sais même pas si je suis légitime pour t'en donner, parce qu'après des années et des années, je me débats encore dans cette situation toute pourrie, à la seule différence que depuis mon coming-out, je n'ai revu aucun membre de ma famille. Il y a une espèce de statu quo assez malsain qui consiste à ne plus se voir depuis des années mais continuer à s'envoyer des messages...

J'ai connue une jeune fille trans, qui face à l'incompréhension de ses parents, leur avait fait rencontrer des membres de mon asso lgbt (dont moi) pour discuter de transidentité. Mais....sans leur dire au préalable qu'il s'agissait d'une asso lgbt. C'est assez dingue et je ne sais pas comment elle leur avait présenté la chose, mais toujours est-il que le père était venu et on avait discuté. Il était extrêmement fermé à toute idée de transition, la rencontre avait été très compliquée mais j'avais trouvé la démarche de la fille assez courageuse. Elle aussi venait d'une famille où personne ne savait comment communiquer donc c'était le meilleur moyen qu'elle avait trouvé pour tenter un dialogue, ça m'avait fait réfléchir à ma propre situation. Et même si le père était très sur la défensive et fermé, il était resté et on avait pu parler parce qu'il reconnaissait que ce qu'il voulait c'était le bien de son enfant. Alors je ne sais pas si ça sera utile, mais dans les cas où la communication intra familiale est nulle, passer par un tiers pour discuter, pourquoi pas...

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Re: Coming-out trans en milieu agricole/rural

Message par cl_bch » 30 juil. 2026 23:31

Wow, en effet nos situations se ressemblent haha. Comment as-tu fait ton CO ? Quelles étaient leur réaction ? Tu peux ne pas répondre si c'est compliqué, évidemment.
Je dirais pas que les gens sont complètement fermés mais ils sont plutôt méfiant face à l'inconnu...

Je trouve la démarche très très courageuse, impressionnant. Je peux regarder cette option mais je pense que je vais tout faire pour leur en parler avant de retourner chez moi... Je me suis donné pour mission de ne pas rentrer tant que cela n'est pas dit.
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